Hôte Gallery

Hôte Gallery - 203 Rue Haute - hoogstraat 1000 Bruxelles

Damien-Paul Gal  

S’il était né au début du XXè siècle, Damien-Paul Gal aurait sans doute été surréaliste. Dans les années 1960, il aurait pu être un activiste, à la manière de Jean-Jacques Lebel, inventer le happening, côtoyer les avant-gardes. Mais si on lui pose la question, il aurait sans aucun doute préféré naître à New York dans les années 70 et se frotter au pop art, à Andy Wharol et à Jean-Michel Basquiat. Seulement voilà, il est né en Bretagne et s’il vit et travaille à Bruxelles, ce n’est pas forcément la faute à Magritte. On peut en tout cas trouver dans son interrogation « Dans Quel monde Vuitton ? » qui orne nombre de ses œuvres, une manière de filiation avec le célèbre « Ceci n’est pas une pipe » de l’artiste belge. Travailleur acharné, se colletant à toutes les techniques, peinture, sculpture, collages, performances, et à tout autant de matières, plastique, cuir, métal, papier, Damien-Paul Gal présente toutes les facettes de l’artiste protéïforme du XXIè siècle. Toujours questionnant, toujours inquiet, éternellement rebelle, partageant sans cesse sur les réseaux sociaux, il s’indigne à sa manière du monde tel qu’il va. Pétri de pop culture, collectionneur averti d’art contemporain, de livres ou d’estampes qu’il collecte au gré des rencontres et des coups de cœur, Damien-Paul Gal possède un langage pictural difficilement classable. Bien sûr on reconnaîtra ici ou là une citation, un motif emprunté à Keith Haring, une provocation à Gainsbourg, ou une silhouette à la bande dessinée, mais son sens de la composition, lui, n’appartient qu’à lui. De même si l’ensemble de son travail tend à réactualiser la critique du pop art contre les dérives de la société de consommation, il ne saurait s’y résumer. Il y a assurément chez Damien-Paul Gal une démarche qui rappelle celle des nouveaux réalistes, César, Armand entre autres, dans sa mise en abyme de sacs plastiques fondus et assemblés. D’aucuns croient voir dans sa démarche un énième avatar du street art, tout en ayant bien du mal à définir ce vaste univers. Mais les pochoirs ou la bombe ne sont chez lui qu’un médium comme un autre, pas une fin en soi. S’emparer de la ville qui l’entoure n’est après tout qu’un moyen de faire connaître son travail. A la manière des Pokemon, Damien-Paul Gal mute, évolue, et ses avatars sont imprévisibles, jamais là où on les attend. Une chose est sûre, il sont d’une race en pleine expansion. Qu’elle se nourrisse de papier recyclé ou du monogramme d’une marque de luxe mondialisée, son œuvre aborde une problématique majeure pour l’artiste : la relation de l’individu à son environnement, et questionne la durabilité du modèle de développement occidental, sous couvert de distraction et de bons mots. Ce qui rend ses œuvres encore plus singulières c’est justement qu’il joue avec la langue, à la façon d’un poète un peu désenchanté ou d’un lanceur d’alerte qui crie dans le désert. Le monde de Damien-Paul Gal lui, grouille de visages, de couleurs, et se joue des codes du post-pop ou de la figuration narrative. Son syncrétisme audacieux, à nul autre pareil, exprime avec ferveur ce en quoi il croit. Bien loin des cotes et des coteries, des veaux d’or de l’art contemporain et des crânes en platine et diamants de Damien Hirst qui font courir les collectionneurs. Mais cela pourrait très bien changer.

Aymeric Mantoux

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